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Je reviens d’un voyage en Finlande où j’ai eu l’opportunité de visiter l’école professionnelle de Tavastia. Et bien sûr que de différences marquantes avec les établissements français et surtout avec les méthodes françaises.

Située à HämeenLinna à une heure de route au nord d’Helsinki, Tavastia est un consortium d’écoles réunies pour constituer une sorte d’université des métiers. Gérée directement par la communauté de commune sur le plan financier, l’école reste autonome sur les contenus pédagogiques qui doivent bien entendu respecter les diplômes préparés. Jusque là peu d’écarts significatifs. D’autant plus qu’on y parle, comme en France d’individualisation, d’évaluation formatives, de parcours personnalisés.

<strong>Une grande diversité de formations</strong>

Ce qui frappe tout d’abord c’est l’étendue des métiers proposés et préparés. L’école forme en effet sur les domaines suivants (chaque domaine ayant son propre département associé à un atelier spécifique, nous y reviendrons…) :

– métiers de la santé et du social (aides maternelles et auxiliaires de vie…)

– métiers de la mode, du design et de l’ameublement (tapissiers, sellerie, dessinateurs de vêtements, confection)

– métiers de la mécanique (auto : carrossiers et réparateurs, ajusteurs, production mécanique)

– métiers de l’alimentation (boulanger, patissier, cuisinier)

– métiers de l’électricité, de l’automatisme et de la maintenance

– métiers du bâtiment (maçon, plombier)

– métiers des matériaux et traitements de surface (travail du bois, peintre domestique et industriels, travail du verre)

– techniciens de laboratoire

Une telle diversité ne peut que favoriser une approche orientante et une découverte optimum des métiers pour découvrir ces derniers et parfaire ses choix professionnels. Cela permet également aux formateurs d’ouvrir leur enseignement à une plus grande diversité de situations professionnelles.

<strong>Un emploi du temps différent</strong>

Réparties sur 32 heures dans la semaine, les horaires permettent aux élèves d’arrêter l’enseignement un peu plus tôt à 14h. L’après midi est alors consacrée aux travaux et activités personnels tels que la réalisation de portefolio, de comptes rendus, de recherches documentaires ou encore d’activités sportives. Il faut dire que la nuit tombe vite en hiver et que le rythme de vie s’en trouve nécessairement modifié.

<strong>Une plus grande ouverture sur les entreprises grâce aux microentreprises</strong>

Disposant d’un cadre légal différent, les élèves sont tous formés dans le cadre de microentreprises. cela peut prendre plusieurs aspects :

– réponse à des appels d’offre d’entreprises commerciales ou industrielles ou encore de particuliers,

– participation à la gestion des stocks de fournitures, relations avec les fournisseurs,

– vente des productions des élèves dans des boutiques gérées elles-mêmes par les élèves (boulangerie, cafétarias, boutiques d’ameublement et de vêtements),

– et bien sûr restaurants d’application puisque ici tous les lieux de restauration sont gérés par les élèves, toute l’alimentation produite par eux, le service réalisé par eux.

<strong>Des pistes de réflexion pour le système éducatif français ?</strong>

Ce type de pédagogie très appliquée et inductive reste très marginale en France, les microentreprises étant essentiellement soutenues par quelques grandes écoles. Or le meilleur moyen de permettre aux jeunes de découvrir et d’apprendre un métier reste bien de l’exercer réellement en étant confronter en douceur et progressivement au domaine commercial et concurrentiel. Hélas, notre système reste bien trop longtemps déconnecté des entreprises alors que toute personne sera amenée à y être employée ou à créer sa propre entreprise. Cela est d’autant plus contradictoire que l’orientation professionnelle est très précoce sans permettre une vraie découverte des métiers et sans instaurer de passerelles efficace permettant le droit de se tromper d’orientation.

Ainsi, plutôt que d’en avoir peur et de reculer sans cesse l’échéance d’une insertion professionnelle ne devrions nous pas permettre un réel rapprochement des milieux éducatifs et professionnels sans exclure les métiers dits non manuels (là aussi la rupture du faire et du savoir en France est une bien belle erreur de stratégie éducative) ?

Nombres d’avantages à cela :

– meilleure employabilité des jeunes élèves,

– meilleure compréhension des choix professionnels des élèves qui peuvent être plus facilement assumés ou corrigés,

– meilleure compréhension par les élèves de l’utilité des matières dites générales ou intellectuelles et donc développer leur motivation pour ces dernières,

– permettre aux élèves des filières générales de ne pas se réfugier trop longtemps dans des activités purement intellectuelles sans penser à leurs applications dans le monde de l’entreprise, de l’ingénierie, du management, de l’artisanat ou des métiers d’arts. En effet, concevoir des stratégies, étudier de nouveaux systèmes, échafauder des plans c’est bien et nécessaire aux entreprises, mais les mettre en oeuvre c’est capital ! Ainsi, ne sommes nous pas champions des “usines à gaz” ou des idées excellentes mais inapplicables (bon sur ce point, l’éducation est loin d’être seule en cause, le mode de management français l’est aussi en bonne part).

– meilleure compréhension des entreprises de leur responsabilité éducative et sociale dans la formation et le développement des compétences de leurs salariés,

– permettre une meilleure adaptation des programmes et contenus éducatifs à des besoins professionnels car les métiers changent, évoluent et font appel à des compétences nouvelles,

– instaurer un dialogue entre les mondes de l’éducation et de l’entreprise, aujourd’hui trop disjoints, afin de faire comprendre la nécessité des activités de réflexion, d’étude, artistiques pour les entreprises (même et surtout dans les métiers dits manuels car là aussi tout par de la tête pour aller à la main…)