Ce mouvement pédagogique est à la base des principes du social learning. Mais de quoi s’agit il ?

En réalité, il font suite aux travaux de Piaget, et démontrent que le processus d’assimilation/accommodation est en réalité assuré par une médiation sociale dans laquelle l’apprenant est co-auteur dans l’acquisition de la connaissance. Ainsi, l’environnement social, affectif, émotionnel joue un rôle primordial dans le développement cognitif de l’enfant et de l’adulte. Dans cette perspective, il est important de mettre en avant le fait que les acteurs de la construction et du développement intellectuel de l’individu sont bien évidemment les parents et les professeurs mais également les autres élèves de la classe.

Ainsi le processus d’apprentissage comporte plusieurs dimensions : la capacité cognitive de l’individu en terme de développement neuronal par exemple mais aussi la richesse des interactions sociales dont il pourra bénéficier. Evidemment, et nous n’éludons pas la difficulté ici, il n’est pas simple pour l’enseignant d’organiser au sein de sa classe des situations pédagogiques qui favoriseront ces interactions.

 

Lev Vigotsky (1896 – 1934) est un psychologue russe connu en occident depuis les années soixante pour ces travaux sur les apprentissages des groupes d’individu. En effet, ce théoricien a émis l’idée que le développement intellectuel et cognitif de l’enfant est dû aux interactions avec le groupe social auquel il appartient. Notamment les outils utilisés par ce groupe pour communiquer et interagir vont permettre le développement de l’intelligence de l’enfant. Vigotsky avance même l’idée que le langage en est la clé, l’outil fondamental. Ainsi, il assure un rôle de médiation dans l’intériorisation et l’extériorisation des concepts. Le processus d’apprentissage ne pouvant avoir lieu que dans le cadre d’une collaboration cognitive et sociale avec autrui.

Le tableau suivant présente succinctement les grandes différences entre les positions de ces deux chercheurs :

PIAGET

VYGOTSKY

L’acquisition est une construction. L’acquisition est une appropriation.
C’est la signification sociale des objets qui importe.
Le sujet seul face au monde pourrait ne rien apprendre du tout.
Le rôle du langage dans le développement de la connaissance est secondaire. Le rôle du langage dans le développement de la connaissance est crucial.
Le développement précède l’apprentissage (conception mentaliste) C’est l’apprentissage qui pilote le développement.
Vygotsky distingue deux situations :
- celle où l’apprenant peut apprendre et accomplir seul certaines activités,
- celle où l’apprenant peut apprendre et réaliser une activité avec l’appui d’un autre. Celle-ci détermine sa “capacité potentielle de développement”.
Entre ces deux situations se situe la “zone proximale de développement” (ZPD) dans laquelle l’individu peut progresser grâce à l’appui de l’autre.
Pédagogie de la découverte:
L’enfant fait des expériences, en tire des résultats, les traite de façon subtile et intéressante.
Pédagogie de la médiation:
Le médiateur intervient entre l’enfant et son environnement. Dans une culture donnée, l’enfant ne peut pas tout redécouvrir lui-même.
Quelle serait la situation d’interactivité la plus favorable pour le développement ?

 

Ainsi, ces travaux prolongent les travaux de Piaget, plus individualistes, en intégrant les influences sociales. Nous avons vu prédominant le concept de stadologie du développement cognitif. Vigotsky suggère que le processus, l’acte d’apprendre est un moteur du développement cérébral. En particulier, les capacités d’abstraction de l’enfant vont se développer parce qu’il est confronté à des situations problèmes y faisant appel.  Ainsi, cette abstraction se développe chez l’enfant parce qu’il a été confronté à des situations problèmes adéquates et qu’il a été accompagné par l’adulte qui lui a permis d’accomplir la tâche. C’est en ce sens qu’il est nécessaire de proposer à l’élève des objets d’apprentissage permettant cette émulation. Cependant, il reste indispensable que celui-ci reste accessible à l’enfant. C’est ce que Vigotsky a appelé la Zone Proximale de Développement.

 

La ZPD est tout simplement défini comme étant l’espace conceptuel existant entre ce que l’individu maîtrise seul en toute autonomie, et ce qu’il ne peut pas faire même avec l’aide d’un tiers.  Il s’agit donc de tout ce que peut réaliser ou comprendre une personne avec l’aide de quelqu’un.

Ceci a plusieurs conséquences quant à la posture de l’enseignant et de la manière d’organiser la séance de cours. En particulier, cela suggère que l’enseignant accompagne bien la construction du savoir chez l’élève en assurant la médiation. Il doit également assurer une autre médiation entre les apprenants cette fois, en proposant des situations pédagogiques où le travail collaboratif est privilégié.

 

Par ailleurs, il est indispensable que le propos de l’enseignement reste dans la zone proximale de développement des apprenants. D’où l’usage des évaluations formatives, qui permettent à l’enseignant de situer son propos pédagogique par rapport à la capacité de ses élèves à assimiler de nouveaux concepts.

Justement, Vigotsky rejoint Piaget et le processus d’assimilation/accommodation. Il évoque de son côté que l’apprentissage est un processus de rééquilibrage permanent. Cela implique notamment de réaliser que l’appropriation de nouveaux schémas cognitifs passe par une certaine mise en danger dans la médiation pédagogique. Là encore, il est donc préférable de situer l’apprenant dans l’échange avec ses pairs où chacun aura l’occasion de d’expliciter leur propre démarche intellectuelle et aux autres d’ajuster leurs conceptions et de construire de nouvelles connaissances.

 

Dans cette optique on comprend bien que la posture de l’enseignant reste celle du médiateur entre l’élève et le savoir, mais aussi entre les apprenants eux-mêmes. Il devra donc mettre en œuvre les situations d’apprentissages propices aux échanges entre les individus. Cela suppose d’accepter l’erreur dans le processus d’acquisition des connaissances tout en contrôlant les activités des élèves. Il n’a donc plus une position de transmetteur unique du savoir, mais il organise, coordonne, régule, canalise les propositions et la parole des individus.

Bien entendu, il est indispensable de valoriser les acquis et de favoriser une très bonne communication à la fois comportementale et intellectuelle. Notons également que ceci nécessite que les  consignes soient clairement établies et partagées par tous.

 

Encore une fois, nous avons bien conscience qu’il n’est pas toujours simple d’organiser ce travail collaboratif dans une salle de cours, même si les percepts du socioconstructivisme sont tout à fait partagés.

C’est en cela, que les technologies du Web 2.0 seront d’un grand secours pour l’enseignant car elles vont lui permettre d’avoir un support technique, matériel pour ce travail de groupe où les échanges vont être facilités, dans et au dehors de la salle de cours. De même, il aura davantage de facilité à évaluer la contribution et les avancées de chacun.

Enfin, il n’est pas négligeable de souligner que grâce à la médiation écrite inhérente aux technologies Web 2.0, la construction cognitive des concepts y trouve un terrain favorable. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre consacré aux modalités pratiques de mise en œuvre dans le cadre scolaire ou universitaire.

Pour en savoir plus vous pouvez consultez l’excellent site du l’Université de Mons en Belgique, qui propose de nombreux modules d’apprentissage sur ce thème ainsi que d’autres modèle d’apprentissage. Il s’agit des modules du master en sciences de l’éducation, le Master UTICEF.

A consulter ici 

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